Patrice Leymarie concepteur et rédacteur du magazine It's art
http://www.itsartmag.com/MagazineFr/index.html nous a posé quelques questions sur la banque d'image 3D 3dcliparts.com. Vous retrouverez un article complet dans le numéro 2 du magazine que nous vous invitons à lire.
En avant goût voici nos réponses brutes de rédaction :
It’s art : Pourriez-vous me faire un rapide descriptif de la philosophie de votre activité et en quoi elle se différencie des banques d’images classiques ?
Fabrice Escalier : 3D Weave est née d’une idée très simple : une image «conventionnelle» de photothèque classique ou d’un photographe est une image «finie». C’est-à-dire qu’une image, même très bien numérisée, n’est qu’un ensemble de pixels (un container de pixels) figés à un instant donné. C’est un peu la définition même de la photographie (cf.
Susan Sontag ou Roland Barthe) depuis très longtemps. Notre activité est différente puisque avec la synthèse, avant que l’image se fige en un ensemble de pixels, il y a toute une construction de l’image qui n’est pas la réalité mais un modèle, une construction immatérielle et logicielle.
Ce modèle peut être conservé, modifié dans le temps et dans l’espace (logiciel), reproduit, déconstruit à l’infini ou, en définitive, repris à son point de départ. C’est donc à partir de ces infinies possibilités que l’image se synthétise. La différence avec la photographie c’est la possibilité de faire revenir le sujet ou l’objet, fixe ou en mouvement, devant la caméra, pour re synthétiser une image. La force de la synthèse est d’être un logo d’objets déjà modélisés, de « scènes » déjà construites. Donc, de vieux fichiers 3D peuvent être repris, réajustés, et re-vendus. Le vrai concept peut-être, c’est que derrière la banque d’images, il y a en même temps, une banque d’objets un peu comme si le monde (virtuel) entier à votre disposition dans votre ordinateur. Au fichier image « conventionnelle » (. Psd, Tif, jpg, etc.…) est attaché le fichier ou les fichiers qui ont servi à construire cette dernière. C’est un peu comme si on attachait un photographe avec tout son matériel à une photo dans l’idée de pouvoir refaire le cliché suivant un angle différent, une lumière ou composition différente. La différence c’est donc d’aller plus loin que la photo par les possibilités offertes par la synthèse à géométrie variable.
Mais attention, la différence c’est également la possibilité d’aller moins loin que la photo:
- Construire en image de synthèse un visage, une plante, un cours d’eau, bref n’importe quel élément naturel et en faire une image forte et convaincante est encore un pari. Mais là, aussi la technologie évolue très rapidement.
- Aller moins loin aussi car reproduire la réalité ou savoir se servir à la perfection d’un logiciel, ce n’est forcément connaître l’image ou savoir la maîtriser. Donc pour aller plus loin (ou du moins aussi loin) il faut avant tout très bien connaître l’image dans toute sa force et sa signification et maîtriser ce qu’elle communique. C’est la différence entre une « bonne » image, une image «forte», chargée de sens, de signification ou de subjectivité et une «mauvaise» image, vide de tout ça. C’est toute l’histoire du regard, de l’éducation du regard et de la culture de l’image.
It’s art : Peut-on dire que c’est grâce aux récentes mutations technologiques que votre activité a trouvé un nouveau marché et de nouvelles voies ?
F.E. : Indéniablement. Mais un nouveau marché existe t-il ? Vendre une image de synthèse c’est avant tout prêcher dans le désert. À notre grande surprise, les professionnels sont très peu informés des possibilités infinies de l’image de synthèse. Ils n’imaginent pas ce qu’il y a derrière. Ils ont parfois l’habitude d’acheter une photo sur une banque d’image et de composer avec.
Mais travailler avec le «constructeur» de l’image, le graphiste au travail, pour personnaliser à leur convenance, ils ne l’imaginent pas (encore). Ils découvrent souvent avec surprise que l’image n’est pas figée. Ces mutations technologiques mettent beaucoup de temps à êtres perçues par les professionnels et encore plus à devenir leur outil au quotidien. Heureusement reste la formation professionnelle. Nous intervenons donc sur la formation professionnelle.
It’s art : Quelle est pour vous la valeur artistique d’une partie du travail que vous commercialisez ?
Qu’est ce qui différencie une image classique, d’une pouvant avoir une valeur artistique et donc à un prix différent ?
F.E. : Dans notre cas, nous devons rapprocher voir substituer la valeur artistique de nos images à leur valeur commerciale. Nos images sont commercialisées à prix fixe car nous voulons en vendre un grand nombre. Leur commercialisation nous impose de tout mettre au même niveau. Nous sommes tenus de créer des catégories. Si nous voulons les vendre en nombre nous devons les «calibrer». Nous avons choisi comme critère la taille (écran; carte postale; DIN A4).
Ce qui nous différencie d’une galerie d’un marchand d’art en ligne (on-line). C’est que chaque œuvre a un prix selon la valeur artistique, selon l’appréciation de l’artiste, du galeriste et / ou selon sa côte par rapport au marché. Notre travail sur la valeur des images et donc de nous assurer de la « qualité » des images vendues en ligne.
Cette qualité n’est pas totalement subjective. Nous la déduisons à priori des besoins métier par métier ou secteur par secteur. Les images utilisées dans les communications ne sont pas les mêmes dans le milieu des parfums de luxe que dans l’immobilier ou dans des process industriels, par exemple. C’est le cœur de notre métier que de savoir et d’apprendre à connaître les besoins en matière de communication, les pressentir, les devancer.
Nous avons même pensé à créer des cahiers de tendances ( ce qui nous rapproche beaucoup de la mode).
Notre connaissance de l’image de notre métier de graphistes, d’inventeur d’images, est donc primordiale si nous voulons avoir du succès dans la vente de nos images. C’est notre valeur artistique, notre savoir-faire artistique à nous. Nous sommes proche du réalisateur ou du metteur en scène. Nous convoquons les talents de différents graphistes, de différents photographes et de différents outils pour réaliser une banque d’images unique.
It’s art : Comment voyez-vous ce rapport entre l’art (photographique, digital) et le commerce d’images ?
F.E. : Cette question appelle presque une réponse philosophique ou historique. L’art et le commerce sont liés par beaucoup plus d’attaches que l’on ne l’imagine. L’un n’allant pas sans l’autre. Nous sommes toujours tiraillés par cette opposition : avoir du temps pour créer et expérimenter en 3D et la contrainte économique de devoir rationaliser cette création et cette expérimentation pour pouvoir en vivre. C’est une question d’équilibre. Nous sommes très réalistes. Nous ne nous déclarons pas artistes bien qu’aillant fait les Beaux-Arts, pas de prise de tête dans ce sens-là.
D’ailleurs l’art digital, numérique ou en 3D existe-t-il ?
Ce ne sont que des outils. Ce serait comme énoncer que « la peinture » est de l’art alors qu’en réalité ce n’est qu’une technique. L’important est de ne pas confondre l’outil et ce que l’on dit avec. Donc ce que l’on met en place aujourd’hui à travers une photothèque n’a rien à voir avec une posture artistique car nous sommes sans ambiguïté du côté de l’industrie de l’image. Après, que l’art s’inspire de cette industrie ou inversement, là nous ne contrôlons plus rien.
Aujourd’hui l’idée dominante peut-être c’est que tout communique. Le must pour nous reste de pouvoir faire la part des choses et de savoir où l’on se situe et ce que « valent » nos images. Clairvoyance donc.
Fabrice Escalier, janvier 2006
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